Lors du dernier Conseil communal, le Mouvement citoyen Ouverture a obtenu le vote majoritaire pour une motion demandant au Gouvernement wallon d’instaurer un système de consigne sur les canettes et bouteilles en plastique. Inspirée de modèles européens efficaces, la proposition vise à lutter durablement contre les déchets sauvages, une problématique croissante dans la commune.
Une initiative née du terrain
À l’origine de cette démarche, des opérations de ramassage collectif menées dans la commune d’Estaimpuis, qui ont permis de constater l’omniprésence de canettes et bouteilles plastiques abandonnées dans la nature. Le groupe Ouverture dénonce l’inefficacité des solutions actuelles face à une pollution tenace et récurrente… « Nous sommes devenus, malgré nous, des pigeons-ramasseurs », a résumé Thierry Graulich en séance, appelant à « changer le système, pas seulement à courir derrière ses conséquences. »
Le modèle néerlandais en exemple
L’exemple des Pays-Bas a été largement cité dans l’argumentaire : depuis l’instauration d’un système de consigne en 2021 (petites bouteilles) et 2023 (canettes), les déchets sauvages liés à ces emballages ont chuté de 79 %. Le système, sans subside public, repose sur la responsabilité des producteurs et un mécanisme économique incitatif : les consommateurs récupèrent une partie du prix en retournant leurs emballages. Des résultats similaires ont été observés en Allemagne, Lituanie, et en Scandinavie, avec des taux de retour supérieurs à 90 %.
Le MR vote contre : des arguments contestés
Seul contre tous, le groupe MR Vous a voté contre la motion, justifiant sa décision par plusieurs arguments : les coûts élevés pour les communes et les commerçants ; le risque d’achats transfrontaliers, les systèmes existants suffisants, la contrainte jugée excessive pour les citoyens. Une position qui a suscité plusieurs interrogations et critiques de la part des autres groupes et de citoyens présents.
Une position avec plusieurs angles morts
Sous-estimation de l’efficacité du système :
Le MR passe sous silence les résultats concrets observés ailleurs en Europe, où la consigne est en place depuis plusieurs années. Des pays comme l’Allemagne ou les pays nordiques affichent des taux de retour supérieurs à 90 %, un chiffre difficilement atteignable avec les seuls sacs bleus ou la sensibilisation.
Une lecture réductrice des déchets :
L’argument selon lequel la consigne ne concerne « que 40 % » des déchets sauvages est réducteur. Canettes et bouteilles plastiques représentent la part la plus visible, la plus polluante, et la plus fréquemment retrouvée dans la nature. La consigne ne prétend pas tout régler. Elle complète les actions existantes.
Un oubli du facteur environnemental :
L’argumentaire du MR fait l’impasse sur l’impact écologique positif de la consigne : un meilleur recyclage (moins souillé, plus valorisable), une réduction des déchets dans les écosystèmes, et une baisse des émissions de CO₂ liées à la fabrication de nouveaux emballages. Ce silence sur l’enjeu climatique est jugé regrettable.
Une posture trop centrée sur le « confort » immédiat :
Présenter la consigne comme une « contrainte » omet que de nombreuses habitudes citoyennes ont déjà évolué au nom de l’intérêt collectif : tri sélectif, compost, limitation des sacs plastiques… Ce type de changement nécessite de l’accompagnement, pas du rejet par principe.
Une pression sur le Gouvernement wallon
La motion, désormais adoptée, demande officiellement au Gouvernement wallon d’accélérer l’instauration d’un système de consigne, comme le préconise également l’Union des Villes et Communes de Wallonie depuis 2021.
Pour Ouverture, il s’agit d’un acte politique fort et responsable, qui place Estaimpuis parmi les communes motrices en matière de propreté et de transition écologique.
Entre volontarisme local et prudence politique
Alors que les déchets sauvages continuent d’envahir les routes, les champs et les ruisseaux, la question de la consigne devient un révélateur des visions opposées de la gestion publique : entre volonté de transformation systémique et approche plus conservatrice.
Le débat est lancé. La Wallonie suivra-t-elle la voie d’Estaimpuis ?
08 juillet 2025
Ce qui ressort du Groupe de travail qui s’est penché sur la motion : « Consigne canettes et bouteilles aux Pays-Bas«
Un système de collecte qui permet de réduire les déchets sauvages.
Processus
Aux Pays-Bas, l’expansion de la consigne sur les petites bouteilles et canettes a été votée en avril 2020. En effet, l’industrie n’avait pas réussi à atteindre une diminution des petites bouteilles en plastique d’au moins 70% entre 2018 et 2020 par d’autres méthodes (campagnes de nettoyages, sensibilisation, amendes). L’introduction du système de consigne a eu lieu en janvier 2021 sur les petites bouteilles et en avril 2023 sur les canettes. Les consommateurs
avancent une consigne de 0,15€ à l’achat d’une bouteille ou canette, qu’ils récupèrent en rapportant l’emballage.Suite à certaines réticences de l’industrie (producteurs et détaillants), le système a connu quelques difficultés de démarrage. Ces difficultés ont causé un retard et une sous-performance du système par rapport à d’autres pays. Il est dont important d’en tirer des leçons pour créer un système performant :
- suffisamment de points de retour par habitants (comme c’est le cas en Allemagne) : le nombre de points de retour aux Pays-Bas est encore trop faible par rapport au volume à retourner dans le pays ;
- montant de consigne d’environ 0,25€ : le montant de la consigne sur les petits emballages est « trop faible » par rapport au prix des boissons aux Pays-Bas (actuellement seulement 0,15€ sur les petites bouteilles et canettes et 0,25€ sur les grandes bouteilles) ;
- pas d’exemption sur le contenu des emballages : certaines exemptions existantes sont parfois difficiles à comprendre, comme l’exemption de certains jus emballés dans les mêmes bouteilles que des boissons consignées.
Résultat(s) et impact
Avec l’expansion du système, le nombre de ces emballages consignés présents dans les déchets sauvages a diminué de 79% entre 2020 et 2024 (monitoring Zwerfinator, repris par le ministère néerlandais). Au même moment, les emballages non consignés (briques, poches type CapriSun) ont augmenté.
Cette diminution des emballages consignés dans les déchets sauvages a pour conséquences positives :
- le remplissage moins rapide des poubelles dans l’espace publique (vidage moins
fréquent = moins coûteux) ;- les nettoyeurs de rues / agents communaux peuvent se concentrer sur d’autres
déchets / dépôts ;- une pression moindre sur les citoyens volontaires « pigeons ramasseurs » ;
- l’amélioration du bien-être et de la perception des rues.
Lien : Monitoring du Zwerfinator (2024)
MR Vous a voté Non.
Voici leur intervention : « Nous avons voté contre la motion proposant d’instaurer un système de consigne sur les canettes et bouteilles en plastique en Wallonie. Voici pourquoi nous estimons qu’il s’agit d’une fausse bonne idée : Coûts élevés : Installer et gérer ce système (machines, transport, maintenance) serait très cher pour notre commune et nos commerçants, sans garantie de résultats. Impact local : Beaucoup nos concitoyens pourraient (encore plus que maintenant) être tentés d’acheter leurs boissons en France pour éviter la consigne, pénalisant nos commerces. Solutions existantes : Les sacs bleus PMC et les actions de nettoyage locales fonctionnent déjà. Les renforcer serait plus simple et moins coûteux. Risque de déplacement des incivilités : La consigne ne cible que 40 % des déchets sauvages, sans impact sur d’autres déchets (emballages, mégots). Contrainte pour tous : Ramener les bouteilles aux points de collecte peut être compliqué, surtout en milieu rural, et pourrait être vu comme une taxe déguisée. Nous voulons des solutions efficaces et abordables pour garder notre commune propre. Continuons à privilégier la sensibilisation et le recyclage existant ! »

