Patrimoine

Disparition de la bourloire de bailleul : un crève-cœur pour notre patrimoine

La bourloire de Bailleul vit ses dernières semaines. Ce lieu, niché au cœur du village, sera prochainement rasé pour laisser place à un projet immobilier privé. Une décision qui dépasse largement le simple cadre urbanistique. Pour de nombreux habitants, c’est un repère de vie populaire, un fragment de mémoire collective qui s’efface. Et le contraste est saisissant car cette annonce tombe au moment même où le jeu de bourle est reconnu comme élément du Patrimoine culturel immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Au Conseil communal, la conseillère Chloé Tratsaert, pour le groupe Ouverture, a mis des mots sur ce malaise. Elle parle d’un « véritable crève-cœur » pour celles et ceux qui ont grandi, joué, partagé ici des moments simples, intergénérationnels, au sein d’un Estaimpuis populaire et vivant. Elle a d’ailleurs interrogé le Collège pour savoir si la Commune avait réellement tout tenté pour préserver la bourloire ? Si des contacts avaient été pris avec la Région wallonne pour explorer les pistes de subvention, de classement, d’acquisition ? Si des solutions partagées avec le monde associatif avaient été envisagées pour maintenir une bourloire sur le territoire, sous une forme adaptée aux réalités actuelles ?

Frédéric Di Lorenzo, bourgmestre, a simplement rappelé les limites du pouvoir communal. « La bourloire est un bien privé. La Commune ne peut ni bloquer la transaction, ni imposer le maintien des activités. »

La majorité met également en avant la conclusion d’un bail d’un an, via l’USC d’Estaimpuis, pour permettre aux clubs de terminer leur championnat dans de bonnes conditions, ainsi que les démarches entreprises auprès d’acteurs concernés par la reconnaissance du jeu de bourle. Elle insiste sur la volonté de soutenir la pratique, tout en soulignant des marges de manœuvre juridiques et financières restreintes.

Pour Ouverture, cela ne peut suffire. Le groupe demande une transparence complète sur les démarches menées et refuse que ce dossier se résume à un constat d’impuissance. Il appelle à transformer cette disparition annoncée en sursaut collectif en réunissant bourleux, associations, habitants et spécialistes du patrimoine afin de faire émerger une solution concrète. Nouvelle bourloire à Bailleul, projet à Néchin ou ailleurs dans l’entité, intégration dans un futur équipement communal : les pistes existent, à condition de les travailler avec détermination.

Car derrière la disparition de la bourloire de Bailleul se pose une question essentielle : que vaut la reconnaissance officielle d’un patrimoine immatériel si, sur le terrain, ses lieux de vie s’éteignent dans l’indifférence ? Pour Ouverture, préserver la mémoire de la bourle, c’est préserver ce qui fait encore la singularité, la convivialité et l’âme populaire d’Estaimpuis.

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